"Centenindex" : vrai menace pour le coût du travail

Emploi

4/6/2026

Centenindex et indexation : un “gain” qui n’en est pas un pour les entreprises

Derrière son apparente technicité, ce dispositif repose sur un raisonnement contestable : considérer comme un « gain » pour l’employeur la part de salaire qui, au-delà de 4.000 euros, ne serait pas indexée à deux reprises, en, 2026 et 2028. Et décider, dans le même temps, que l’État va s’approprier une partie de ce prétendu gain via une cotisation ONSS « de modération salariale ». C’est là que le bât blesse.

Dans la vision du gouvernement, le plafonnement de l’indexation au-delà de 4.000 euros générerait une économie pour l’employeur. Sur cette base, l’exécutif estime légitime de récupérer environ 50 % de cette économie supposée sous forme de cotisations patronales supplémentaires.

Mais cette lecture ne correspond pas à la réalité économique des entreprises, en particulier des PME. D’abord, parce qu’un coût évité n’est pas un gain disponible. Ensuite et surtout, parce que ce raisonnement ignore l’ensemble des autres charges salariales qui continuent d’augmenter.

Ce désalignement entre théorie budgétaire et réalité terrain pose déjà question. Mais il devient inacceptable à la lecture du mécanisme prévu dans la loi.

Une cotisation salariale temporaire… qui peut devenir définitive

Le cœur du problème est ici : la loi prévoit que la cotisation de modération salariale pourrait devenir définitive, par simple arrêté royal délibéré en Conseil des ministres. Autrement dit, une mesure présentée comme temporaire pourrait se transformer en augmentation structurelle du coût du travail en Belgique.

Et c’est précisément là que le dispositif devient problématique. Car une cotisation durable continuerait à s’appliquer à des embauches futures — dans 10, 15 ou 20 ans — qui, par définition, n’auront jamais bénéficié du moindre « gain » lié à une indexation plafonnée passée. On crée ainsi une charge structurelle déconnectée de sa justification initiale.

C’est ce qui rend le centenindex profondément vicié : sous couvert de capter un gain supposé, on organise en réalité une hausse durable et généralisée des coûts salariaux pour les entreprises.

Une alternative existait : crédible, concertée et équilibrée

Pour tenter de raisonner le Gouvernement, les partenaires sociaux au sein du groupe des 10 et du CCE ont travaillé ensemble à une proposition unanime. Ceci dans un double objectif : répondre aux enjeux budgétaires tout en évitant l’augmentation structurelle du coût salarial.

Cette alternative reposait sur deux axes :

  • Rendre l’indexation des salaires plus lisse et moins volatile, donc moins sensible aux chocs économiques externes ;
  • Ne pas appliquer le plafonnement d’indexation au secteur privé, et donc ne pas introduire de nouvelle cotisation salariale.

Cette proposition a été chiffrée par le Bureau du Plan et l’ONSS, et jugée crédible sur les plans économique et budgétaire. Elle permettait de concilier rigueur budgétaire, stabilité des coûts et lisibilité pour les entreprises… Elle a pourtant été écartée.

Centenindex et concertation sociale : un signal préoccupant pour les PME

Le choix du gouvernement envoie un double signal négatif :

  • Un signal économique, d’abord, en renforçant l’incertitude autour du coût du travail pour les entreprises.
  • Un signal institutionnel, ensuite, en affaiblissant la concertation sociale, pourtant centrale dans le modèle belge. Surtout en matière de salaire et d’indexation. Écarter une proposition unanime des partenaires sociaux au profit d’une mesure plus simple budgétairement crée un précédent préoccupant.

UCM craint qu’à l’avenir, la concertation sociale ne devienne une variable d’ajustement face aux contraintes budgétaires. Ce serait une erreur.

Car les réformes les plus solides sont celles qui s’appuient sur l’expertise des acteurs économiques, et en particulier des PME, premières concernées par l’évolution du coût salarial. Revenir à la table : une nécessité pour les entreprises et l’économie.

Pour UCM, ce dossier ne peut pas en rester là

Le gouvernement doit revenir à la table des négociations avec les organisations patronales et syndicales. Lorsqu’une alternative existe, qu’elle est concertée, chiffrée et crédible, elle ne peut être écartée sans conséquences sur la confiance et la qualité de la décision publique.

Le centenindex, tel qu’adopté, n’est pas une réforme neutre. C’est une fausse bonne idée budgétaire, qui risque de devenir une vraie menace structurelle pour le coût du travail et la compétitivité des entreprises belges.

Matthieu Dewèvre

Pour ucmvoice.be